On effectue du temps supplémentaire pour gagner en productivité. Techniquement. Mais devenons-nous plus efficaces en réalité? Les experts se prononcent sur le sujet.

« Quand on accumule des heures de fou, cela ne signifie pas qu’on performe davantage. Les moments de repos et les vacances servent à se vider le cerveau, pour revenir en pleine forme et favoriser la création de nouvelles idées », soutient Pierre Lainey, spécialiste en psychologie organisationnelle et professeur de gestion à HEC. Fatigue, résolution de problème et efficacité ne feraient donc pas bon ménage. Tiens donc.

Mélina Roy, consultante et membre de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, abonde dans le même sens: « Les gens connaissent souvent mal leurs limites. À partir d’un certain plateau, tu régresses. Et ce qui requiert habituellement vingt minutes peut facilement te prendre le double du temps lorsque la fatigue s’en mêle. »

Pensez-y un instant. Quand vous ressentez de la fatigue, même les petits problèmes semblent énormes. Le lendemain matin, après une bonne nuit de sommeil et à tête reposée, la solution paraît souvent si simple. Si évidente.

À court terme, et lorsqu’il est un choix plutôt qu’une obligation, le travail supplémentaire demeure positif. Il permet de se concentrer plus longtemps sur un dossier ou de profiter d’un moment d’inspiration créative, selon les gens du milieu.

Le temps supplémentaire tue la productivité

Mélina Roy insiste cependant sur l’absence de logique du phénomène à long terme: « Les heures supplémentaires affaiblissent non seulement les ressources humaines, mais occasionnent aussi une baisse de productivité pour l’entreprise. »

Les employés qui additionnent des heures de travail intense sur une longue période épuisent leurs réserves d’énergie. Ils sont moins alertes. Ils cumulent les erreurs. Les gaffes font douter les clients. Et un client insatisfait finit souvent par aller voir si l’herbe est plus verte chez le voisin. Du « déjà-vu », n’est-ce pas?

Quand l’épuisement devient généralisé, les employés tombent comme des mouches les uns après les autres. D’ailleurs, il est courant que des professionnels s’absentent du bureau toutes les semaines pour différentes raisons physiques et psychologiques, souvent causées par le stress. Ces absences répétées auraient un impact colossal sur la productivité de l’entreprise, sur la répartition du travail au sein de l’équipe et, bien entendu, sur les heures supplémentaires.

500 000 Canadiens s’absentent de leur travail chaque semaine pour des raisons de santé mentale, selon le Conseil du patronat du Québec.

Malheureusement, les cas d’épuisement professionnel se multiplient depuis les dix dernières années. Les 18-35 ans sont particulièrement touchés par le phénomène. Pourquoi? Parce qu’ils travaillent souvent comme des fous. Jeunes, ils ont de l’énergie à revendre et se pensent « plus forts que ça ».

Ainsi, selon l’article L’épuisement professionnel: les jeunes adultes de plus en plus à risque, paru dans le journal Métro, les perfectionnistes minutieux, les ambitieux qui veulent atteindre le « top » avant 35 ans, le bon gars ou la bonne fille qui ne dit jamais non et les « supermen » et « superwomen » qui tiennent à relever tous les défis demeurent les professionnels qui risquent le plus de s’épuiser. Étrangement, ce profil correspond souvent à celui des gens qui font du temps supplémentaire.

D’ailleurs, Infopresse vient tout juste de publier l’article 18-29 ans: carburer à l’avancement, qui dépeint assez bien cette réalité. Julie Carbone, stratège média de PHD Montréal, témoigne: « À notre âge, on est trop jeune pour être confortable. » Minute fille… Se dépasser, innover, carburer aux défis, oui; se brûler, non. La prudence est de mise.

Je conviens qu’il est parfois difficile de voir venir le bout de la chandelle. Un petit conseil: si le négatif prend le dessus sur vous, si votre sourire légendaire du matin disparaît, si vous êtes prête à péter les plombs à la prochaine ronde de révision client, si tout vous « gosse » dans l’organisation, si vous pensez sérieusement à aller « brailler votre vie » dans les toilettes pendant la journée, si vous traînez vos problèmes du bureau à la maison et si vous vous sentez toujours fatiguée, votre corps vous envoie un signe et un message on-ne-peut-plus-sage. Reposez-vous!

Puis, sachez reconnaître vos limites et donnez-vous le droit d’être humaine. Personne ne vous en voudra de refuser le rôle du robot-prêt-à-ne-pas-boire-de-verre-d’eau-pour-éviter-d’aller-aux-toilettes-pour-travailler-plus. Si c’est le cas, votre environnement de travail est peut-être toxique pour vous. Vous devrez faire des choix. Être productif ne signifie pas « mettre sa santé en garantie », comme le souligne l’article Performer sans y laisser sa peau du Journal Métro.

Vous savez, parfois l’obligation de livrer une commande à temps est telle dans l’industrie que des employés se présentent au travail même lorsqu’ils couvent des maladies contagieuses. « Trop dans le jus » pour rester à la maison et se reposer, ils contaminent tout le reste de l’équipe. Une perte de productivité supplémentaire, accuse tristement Mélina Roy.

En somme, les heures supplémentaires influencent considérablement la productivité d’une organisation selon les experts. Elles demeurent bénéfiques à court terme, lorsqu’il s’agit de profiter d’un moment de concentration ou d’inspiration « quand t’es dedans », comme on dit. Et négatives quand elles deviennent la norme et sont imposées par des délais et des exigences irréalistes. Comme la ligne est souvent mince entre les deux, la modération et le bon jugement demeurent d’une grande importance tant chez l’employeur que chez l’employé.

Lisez la suite de cet article

Partie 1: Les heures supplémentaires: entre amour et haine
Partie 2: Les heures supplémentaires et la productivité
Partie 3: Le « surtemps » et le stress
Partie 4: Le temps supplémentaire coûte cher
Partie 5: L’équilibre chez l’employé et l’employeur

Que pensez-vous des heures supplémentaires: alliées ou ennemies?

Sabrina C. Professionnelle & Fabuleuse… en devenir!

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